Étude sur la social-démocratie au Canada

         

Québec Solidaire, le NPD Québec et les dilemmes de la social-démocratie québécoise

Frédérick Guillaume Dufour

Durant la dernière campagne électorale québécoise, le philosophe Daniel Weinstock passait en revue les raisons qui le menaient à espérer la création d’un parti politique qui occuperait grosso modo la case des Verts sur la boussole électorale proposée sur le site de Radio-Canada.1 Cette case regrouperait des électeurs plutôt à gauche sur les questions sociales, économiques et environnementales et hostiles à l’option souverainiste et aux politiques nationalistes identitaires.


D’emblée, Weinstock rejetait le nationalisme identitaire qui marqua le passage du Parti Québécois (PQ) au pouvoir en 2013. Il refusait également de s’associer au Parti Libéral (PLQ), entaché notamment par le rôle qu’il joua dans la répression des libertés civiles durant la lutte étudiante de 2012. Sans affinité avec la Coalition Avenir Québec (CAQ), il se ralliait de façon pragmatique à Québec Solidaire (QS), dont il partage les valeurs sociales, mais pas l’option souverainiste. Weinstock mettait le doigt sur plusieurs dilemmes auxquels sont confrontés les sociaux-démocrates qui n’avaient pas d’affinité avec la politique de l’identité et la démagogie du PQ.2 La tension suscitée par ces dilemmes n’alla pas en décroissant avec la fin de la campagne.


Durant la campagne précédant l’élection du 7 avril 2014, QS fut probablement le parti à faire le plus activement la promotion de la souveraineté.3 Alors que des stratèges du PQ auraient opté pour une stratégie visant à raviver la flamme souverainiste en provoquant une crise sociale et éventuellement constitutionnelle autour de la charte de la laïcité4, les stratèges de QS semblent avoir estimé qu’il était dans leur intérêt d’afficher sans détour leur orientation souverainiste. Le 7 avril, Françoise David tambourinait l’orientation souverainiste de son parti en dépit d’un résultat qui s’avérait un revers pour les formations souverainistes qui récoltaient respectivement 25,38 % (PQ), 7,63% (QS), et 0,73% (ON) du suffrage.


On peut se demander pourquoi l’état-major de QS se fait un champion de l’option souverainiste. Un sondage CROP du 18 mars indiquait qu’advenant un référendum sur la souveraineté, 48% des électeurs de QS ne voteraient pas en faveur de celle-ci.5 Cette polarisation de l’électorat de QS sur cet enjeu ne semble pas ébranler les stratèges du parti. Faut-il s’en étonner? Pas vraiment. D’abord, les électeurs moins souverainistes de QS militent probablement moins au parti, ce qui pourrait renforcer le consensus en faveur de l’option parmi les membres impliqués. Puis, il est longtemps allé de soi au Québec que la gauche était souverainiste. Cela tombe encore sous le sens pour le collectif gauche socialiste, abritée par QS. Quarante ans après l’éclosion de Québec Inc. et en dépit de la reconfiguration profondes des luttes sociales due à la complexification de l’économie du Québec dans l’espace économique nord-américain, le disque de la « libération nationale » a survécu aux années disco sans égratignure. Ainsi, plusieurs militants de QS « font avec » l’orientation souverainiste de la formation. Ils n’ont rien d’autres de très emballant à proposer.

Les membres de QS les moins convaincus par l’option souverainiste soulignent que la formation propose une assemblée constituante où l’enjeu de la souveraineté serait débattu parmi d’autres. Cette position est au mieux ambigüe. D’une part, le parti propose une assemblée constituante de laquelle il serait juge et partie; de l’autre, il fait la promotion de la souveraineté. Une position bicéphale longtemps incarnée par le tandem David-Khadir.

Cette ambigüité a peut-être contribué à tenir le parti ensemble, mais elle n’est pas tenable sur le plan politique. Il est également loin d’être clair qu’elle soit rentable sur le plan électoral. Elle pourrait se justifier si l’hypothèse selon laquelle l’axe souverainiste-fédéraliste était désormais subordonné à un axe gauche-droite dans la politique québécoise était fondée. Cette hypothèse cependant n’a aucun fondement empirique. Certes, une droite populiste occupe aujourd’hui une place plus importante qu’il y a un certain temps, et certains enjeux sociaux, comme la lutte étudiante de 2012 ou la conciliation des politiques énergétiques avec le respect de l’environnement, divisent profondément l’électorat québécois. Ces enjeux restent néanmoins subordonnés à la question constitutionnelle, bien que de façon paradoxale. Ce paradoxe réside dans le fait qu’une majorité de l’électorat veut se faire dire qu’elle n’entendra pas parler de la question constitutionnelle. Ceux et celles qui s’opposent à la souveraineté continuent à être très peu enclins à voter pour une formation souverainiste, même si elle est plus proche de leurs convictions sociales. QS a vraisemblablement fait le plein de ce profil d’électeurs.


Partant de ces considérations, plusieurs sociaux-démocrates partagent le souhait de Weinstock de voir apparaître une offre politique dont le projet social ne soit pas remis à une éventuelle ère après-souveraineté. Dans cette perspective, il faudrait donc voir d’un bon œil l’éventualité d’un NPD Québec (NPDQ). Or, en évaluant cette option de plus près, il apparait qu’elle n’est pas sans effets pervers. Voyons d’abord ses avantages.

Le premier avantage serait d’assurer la plus grande cohérence et le plus grand partage des ressources, des membres et des réseaux de deux partis sociaux-démocrates en faveur d’un fédéralisme asymétrique, l’un au provincial, l’autre au fédéral.6 À terme, il pourrait également amener les électeurs québécois à prendre davantage leur place au sein du NPD fédéral et à y faire entendre une voix proportionnelle au nombre de députés issus de la province.


Qui plus est, un NPDQ sortirait de leur situation schizophrénique les membres et députés du NPD qui aimeraient appuyer un parti progressiste et non souverainiste sur la scène politique québécoise. Cet électorat se résigne généralement à voter soit pour QS, soit pour le PLQ. Il sacrifie soit ses convictions constitutionnelles, soit ses convictions sociales selon l’évaluation qu’il fait de la possibilité que la souveraineté revienne à l’ordre du jour dans le cadre d’un prochain mandat.


Puis, un NPDQ favoriserait la consolidation de réseaux au sein de la société civile canadienne autant dans les dossiers économiques, comme les impacts d’un dollar fort sur le secteur manufacturier, la croissance des inégalités, l’enjeu des travailleurs saisonniers et la négociation des accords de libre-échange; les dossiers sociaux, comme la réforme de l’assurance emploi et la protection des populations les plus vulnérables; dans les dossiers environnementaux; que dans les dossiers concernant les droits et libertés, notamment en ce qui a trait aux politiques de citoyenneté, d’immigration et des réfugiés.


Les partisans d’un NPDQ soutiendront que la mise en commun des ressources sur ces enjeux comblerait un vide laissé par la subordination des forces sociales québécoises à la cause souverainiste. Au lendemain de la Commission Laurendeau-Dunton, cette convergence des forces progressistes vers la cause souverainiste allait de soi. Pour une importante génération de militants et de militantes, l’ascension sociale des francophones était intimement liée à l’idée de souveraineté. Cette génération, que Pierre Vallières qualifiait encore de « Nègres blancs d’Amérique » en 1968, a connu une importante ascension sociale.


Avec le temps, cette participation des progressistes à la recherche des consensus corporatistes au sein du mouvement nationaliste a eu également des effets pervers. Elle s’est traduite par un appui indéfectible de ténors du mouvement syndical québécois au BQ et au PQ; et, corollairement, par le désaveu du NPD par ces mêmes ténors, minant ainsi les chances d’une opposition progressiste au niveau fédéral7; par la transformation de la Fédération étudiante universitaire du Québec en ligue mineure pour le PQ; par la reprise d’une critique populiste du multiculturalisme par certains réseaux nationalistes. Cette subordination a également favorisée une relation clientéliste entre les milieux communautaires, syndicaux et le PQ. Il n’y a pas de mal à ce que les acteurs de la société civile affichent des préférences électorales. Cependant, ces relations deviennent malsaines quand elles prennent une forme corporatiste qui mine l’autonomie des acteurs sociaux ou les détourne de leur mandat. 


L’apogée de la subordination de la gauche à la cause souverainiste a été la célébration de l’arrivée au PQ de Pierre-Karl Péladeau par plusieurs bonzes de l’aile gauche nationaliste.8 Faut-il rappeler qu’en plus d’être propriétaire du Réseau Sun News, celui-ci a déjà remis en question la formule Rand, un pilier central du droit du travail canadien. Bob Rae résumait cette situation en affirmant qu’ « un employé du secteur public ou un syndicaliste qui voterait pour Péladeau serait comme un poulet qui vote pour le Colonel Sanders ».9 Pour plusieurs, ce nouveau venu faisait éclater pour de bon le mythe du PQ progressiste.


Enfin, les partisans d’un NPDQ soutiendraient également qu’en dépit d’une participation relevée et nuancée de Françoise David aux débats des chefs, QS reste prisonnier de l’image d’un parti aux allures de mouvement social. Bien que même les plus sceptiques aient notés une professionnalisation du parti10, son marketing politique n’est pas sa principale force. À l’inverse, le NPD a entamé sous Jack Layton une professionnalisation de son organisation qui a aidé le parti à ressortir de la marginalité.11 Il y a évidemment des gens à QS pour condamner cette professionnalisation du NPD. Celle-ci s’est effectivement accompagnée d’une volonté d’aller chercher un électorat plus large par un recentrage du parti. Or, il faut rappeler qu’à l’élection de 2000, avant l’arrivée de Layton à la tête du parti en 2003, le NPD avait fait élire 13 députés et récolté 8,51% du suffrage exprimé. En 2006, il en faisait élire 29 avec 17,5% du suffrage. En 2011, il passait à 103 députés avec 30,60%. Même en concédant que les chiffres de 2011 reflètent également une débâcle conjoncturelle du PLC, on peut difficilement défendre que le pari de la professionnalisation n’ait pas donné des fruits.


Quand on y regarde de plus près, cependant, ces avantages au NPDQ pourraient avoir des effets contradictoires. S’il y a des avantages à l’harmonisation du travail des sociaux-démocrates en faveur d’un fédéralisme asymétrique à travers le pays, il peut y avoir des inconvénients à ce qu’ils et elles agissent sous la même bannière. Dans les provinces où il existe un NPD provincial, il faut être membre du parti provincial, afin d’être membre du parti fédéral. Chaque parti récolte les pots cassés par son cousin de l’autre palier. Il y a fort à parier que de tels inconvénients seraient amplifiés sur la scène politique québécoise. L’appui au NPD fédéral au Québec est constitué d’électeurs provenant d’horizons diversifiés. En prenant position sur un ensemble d’enjeux relevant du champ de compétence provincial, un NPDQ pourrait effriter les appuis du NPD fédéral.


Dans la dynamique politique canadienne, toute nouvelle formation politique s’inscrit dans des structures de compétition verticales et horizontales qui ne doivent pas être négligées. Sur le plan vertical, le NPDQ entrerait en compétition avec le NPD fédéral. Sur le plan horizontal, il entrerait en compétition avec les formations politiques québécoises. Bien que la dynamique de ces compétitions soit différente, elle engendre une tension sur le plan des ressources, du financement, des militants, des députés, et des leaders. Au niveau vertical, ces ressources peuvent parfois converger, en ce qui a trait aux militants par exemple. Dans d’autres, elles ne peuvent pas se dédoubler, dans le cas du financement et des députés, par exemple.


En ce qui a trait à la compétition horizontale, il faut se demander : « qui serait avantagé et désavantagé par l’arrivée d’un NPDQ? » Sans études précises de l’opinion publique, on ne peut ébaucher qu’une pyramide d’hypothèses. Toutefois, ici encore un NPDQ pourrait entraîner des effets qui ne sont pas souhaités par son éventuel électorat. Voyons l’effet qu’il pourrait avoir sur l’offre des autres partis.


Rares sont les péquistes qu’un NPDQ pourrait courtiser. Ceux pour qui le fédéralisme asymétrique est une option préférable aux incertitudes associées à la souveraineté, qui estiment que QS est condamné à rester une force marginale, ou encore, ceux qui sont davantage hostiles au PLQ que partisans de la souveraineté. Il y a probablement peu de ce type d’électeurs. L’aile gauche du PQ qui en 2014 n’est pas encore passée à QS est d’abord et avant tout nationaliste et on voit mal ce qui pourrait lui faire faire le saut vers un parti fédéraliste.


Les partisans de la CAQ qui y adhèrent pour ses positions néolibérales ne passeront pas au NPDQ. Ceux qui y adhèrent parce qu’ils aspirent à une trêve constitutionnelle, par lassitude à l’égard des autres formations, ou encore parce qu’ils sont sensibles à un discours orienté vers les familles et la classe moyenne pourraient avoir une oreille plus attentive à l’offre d’un NPDQ. Il ne faut cependant pas miser sur l’importance de ces transferts.


C’est probablement au PLQ et à QS qu’un NPDQ ferait le plus mal. Plusieurs citoyens et citoyennes de Montréal et de la ville de Québec votent pour le PLQ parce qu’ils et elles ne peuvent s’identifier à l’option souverainiste ou à la politique identitaire du PQ. En dépit de tout ce qu’ils reprochent au PLQ, ils y voient un rempart contre le PQ. Une partie de l’électorat de Montréal peinent à s’identifier aux priorités de la CAQ et une partie de celui de Québec à celles de QS. Sur ces tableaux, le NPDQ serait en compétition avec des joueurs habitués au jeu du « Tout sauf le PQ ». Un joueur de plus à ce jeu pourrait favoriser le PQ en divisant ses opposants.


Puis, le NPDQ pourrait gagner une partie du vote non-souverainiste et plus pragmatique qui loge à QS. Le profil d’électeur qui lève les yeux vers le ciel quand il voit la liste des collectifs fédérés par ce parti. Le vote de QS plafonnant déjà sous les 8%, ce transfert lui ferait un tort considérable.


Le parti qui bénéficierait le plus de l’arrivée du NPDQ pourrait donc être le PQ. Si cette hypothèse s’avérait confirmée empiriquement par une étude de l’opinion publique, l’arrivée du NPDQ aurait des effets contradictoires. Avant d’engager un ensemble de militants et de ressources dans un tel projet, il serait sage d’attendre les réalignements causés par les prochaines courses à la chefferie du PQ et à QS.


Y a-t-il une alternative à ce premier scénario? La réponse à cette question est complexe. Elle est liée à la question du « déni » face aux ratés de l’option souverainiste autant au PQ, qu’au BQ. Entre 2007 et 2014, le PQ se transforma d’un parti souverainiste néolibéral et pluraliste, sous André Boisclair, en un parti souverainiste néolibéral, populiste et flirtant avec le nativisme, lors du débat sur la Charte. Le résultat de 2014 fut encore plus mauvais que celui de 2007. L’option pluraliste, pas plus que le conservatisme identitaire, ne fit progresser l’option souverainiste. Quant au BQ, son revers de 2011, survint en dépit de la popularité de son chef, Gilles Duceppe, et du respect unanime à l’égard de son expérience parlementaire. Pire encore, ces revers des souverainistes surviennent dans un contexte où rarement un gouvernement fédéral n’a paru aussi déconnecté du Québec et aussi sourd aux consensus de l’Assemblée nationale. Bref, rarement ce gouvernement a été aussi éloigné des souverainistes et de nombreux fédéralistes québécois. Or, ce contexte n’a pas contribué à mousser le vote souverainiste. La prise de distance de plusieurs francophones avec l’option souverainiste, et avec les enjeux constitutionnels en général, ne les empêche pas de continuer à se percevoir d’abord comme Québécois avant de se percevoir Canadien.


L’absence de remise en question de l’option souverainiste a été aussi importante à QS. Durant l’élection de 2012, QS n’a pas fait le plein du mécontentement social suscité par la crise étudiante. L’effet centrifuge du mode de scrutin uninominal à un tour a dirigé ce mécontentement au PQ. Durant l’élection de 2014, le parti a fait un gain marginal en dépit de circonstances favorables : le recul du PQ sur des promesses progressistes, son virage populiste et l’arrivée de Pierre-Karl Péladeau, ne sembla pas profiter beaucoup à QS. Pourquoi? Parce que quand l’électorat ne veut pas d’un référendum, ce ne sont pas les formations souverainistes qui font le plein. Le déni de QS à l’égard du désaveu de l’option souverainiste est d’autant plus étonnant qu’il ne s’agit pas, ici, comme au PQ, de remettre en cause l’article 1 d’un programme politique. Il s’agit plutôt de remettre en question une position dont les sondages indiquent qu’elle n’est déjà pas partagée par près de la moitié des électeurs du parti et par la génération qui pourrait s’avérer sa relève électorale.12


Or, l’alternative à la formation d’un NPDQ est peut-être aussi une solution à la stagnation de QS. Le parti pourrait évoluer vers une défense nuancée d’un fédéralisme asymétrique. Cette position devrait prendre au sérieux le caractère distinct du Québec, en mettant de l’avant une défense du français comme langue de l’intégration en milieu de travail, ainsi que la défense d’institutions publiques culturelles fortes et du patrimoine historique du Québec. Elle pourrait faire une priorité de la reconnaissance des équivalences des diplômes des nouveaux arrivants, afin de s’assurer que ceux-ci s’engagent dans des milieux de travail favorisant leur intégration sociale et leur participation aux institutions publiques. La défense du français en milieu de travail ne devrait pas avoir comme corollaire une critique provinciale du bilinguisme. La capacité du Québec à prendre sa place dans les réseaux scientifiques, sociaux, commerciaux, et culturels continentaux et internationaux passera par le bilinguisme, voire le trilinguisme, des acteurs de ces réseaux, et ceci peu importe l’avenir de la question constitutionnelle. Ceux-ci ne peuvent plus, en 2014, se contenter de faire le paon à Paris. Les transformations de l’économie politique internationale impliquent que les Québécois, comme les Canadiens, devront  partager et promouvoir leurs savoir-faire non seulement chez leurs voisins continentaux, mais au Brésil, en Inde et en Chine. Enfin, cette défense du fédéralisme asymétrique devra valoriser sans complexe l’héritage de la Charte Québécoise des droits et libertés. Un parti de gauche qui prend à la légère les Chartes des droits et libertés n’a pas tiré des leçons sérieuses des périls historiques du 20e siècle.


Cette évolution du parti est-elle possible? À court terme, probablement pas. L’État-major de QS ne semble pas être rendu là et des membres de la relève étaient prêts à fusionner avec Option Nationale à une semaine du déclenchement de la dernière campagne électorale. Puis, cet état-major pourrait avancer qu’une telle évolution de QS aurait, elle aussi, pour effet de favoriser le PQ par l’exil du vote souverainiste. Voyons les chiffres. Près de 50% des 7,63% des électeurs de QS ne seraient pas souverainistes. Le 50% qui reste est un profil d’électeurs qui votent davantage selon sa conscience sociale, écologique ou féministe, qu’en fonction de la souveraineté; autrement, ils auraient voté pour le PQ ou ON. On peut donc estimer que même parmi le 50% des 7,63% d’électeurs de QS qui se déclare souverainiste, plusieurs feraient le choix de rester au parti. Certes, le PQ pourrait récolter un pourcentage du reste, mais on ne parle pas ici d’un déluge d’électeurs.


Le départ éventuel de Françoise David posera de sérieux défis à QS. Continuer à blâmer les effets pervers du mode scrutin ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas réexaminer le programme du parti. Sans cet examen, la recherche d’une alternative à QS se poursuivra forcément.    

 

Frédérick Guillaume Dufour est un professeur au Département de sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

1- Daniel Weinstock, « Whither the Left in Québec », In Due Course. A Canadian Public Affairs Blog, 29 mars 2014, voir http://induecourse.ca/whither-the-left-in-quebec/

2- Parmi les critiques de cette orientation du PQ, voir Michel Seymour, « Un parti conservateur au pouvoir à Québec », Le Huffington Post, 22 janvier 2014, voir : http://quebec.huffingtonpost.ca/michel-seymour/parti-conservateur-pouvoir-quebec_b_4633099.html et Gérard Bouchard, « La démagogie au pouvoir », La Presse, 10 janvier 2014, voir http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201401/09/01-4727208-la-demagogie-au-pouvoir.php ; Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture, Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, Montréal, Québec Amérique, 2013.

3- Pierre-André Normandin, « Québec Solidaire sur le terrain de la souveraineté », La Presse, 5 mars 2014, voir : http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2014/201403/05/01-4744915-quebec-solidaire-sur-le-terrain-de-la-souverainete.php

4- Vincent Marissal, « Le choc, la charge, la charte », La Presse, 31 mars 2014, voir : http://www.lapresse.ca/actualites/201403/31/01-4752879-le-choc-la-charge-la-charte.php

5- Voir l’analyse de Claire Durand, « Les jeunes décrochent de la souveraineté », La Presse, 19 mars 2014,  http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201403/18/01-4749041-les-jeunes-decrochent-de-la-souverainete.php

6- Le NPD a adopté une position en faveur du fédéralisme asymétrique avec la Déclaration de Sherbrooke en 2006, voir : http://hoangmai.npd.ca/declaration-de-sherbrooke

7- Le NPD fédéral pour sa part n’a pas toujours été aussi ouvert à l’égard des demandes de reconnaissance en provenance du Québec.

8- Pierre Saint-Arnaud, « Des personnalités souverainistes appuient la candidature de PKP », Le Devoir, 11 mars 2014, voir : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/402292/des-personnalites-souverainistes-appuient-la-candidature-de-pkp

9- Bob Rae, “Péladeau will be a Game Changer - but not the way the PQ Hopes”, The Globe and Mail, 14 mars 2014, voir, http://www.theglobeandmail.com/globe-debate/peladeau-will-be-a-game-changer-but-not-the-way-marois-hopes/article17493027/

10- Jonathan Kay, « Can Québec Solidaire Become the Go to Sovereigntist Option for 2018 », National Post, voir http://fullcomment.nationalpost.com/2014/04/07/jonathan-kay-can-quebec-solidaire-become-the-go-to-sovereigntist-option-for-2018/

11- Brad Lavigne, Building the Orange Wave, Toronto, Douglas and McIntire, 2013.

12- Sur la dimension générationnelle de l’appui au PQ, voir les hypothèses émises par la sociologue Claire Durand ici : http://ahlessondages.blogspot.ca/2014/06/generations-souverainete-parti-quebecois.html



 

English

Facebook

Inscrivez-vous à notre bulletin électronique


University of Saskatchewan St. Thomas More College, U of S

Social Sciences and Humanities Research Council of Canada

© 2013 David McGrane | Étude sur la social-démocratie au Canada